• Les frères enemmis

    Les archives du moulin de Limonne... quelques trois cents documents, essentiellement des quittances, des pièces relatives à des procès, mais aussi des testaments, des contrats de mariage... De 1726 à 1934, la vie des Paret du moulin de Limonne se déroule sous nos yeux. Mais on retrouve également quelques documents des Paret des Andrivaux. En effet, le petit fils de Floris, le meunier de Limonne, n'ayant pas d'héritier direct, a legué son moulin à son cousin Etienne, des Andrivaux.

    Ce sont des documents des Andrivaux qui sont à l'origine de cette chronique. La raison est purement subjective : ces feuillets font référence à Jean Paret, le propriétaire du moulin de Loye, dont la dernier acte à Loye remonte à 1760, date de la naisssance de sa fille. J'ai recherché en vain des traces de Jean  dans les villages environants, alors, même si les archives n'élucident pas le mystère de cette disparition, elles nous apportent quelques éléments sur sa vie, et sur ses relations avec son frère Michel.

    Michel et Jean ont plusieurs frères et sœurs, tous nés à Loye, dont Pierre, notre ancêtre direct. Jean, né en 1713, est l'ainé et a donc hérité du moulin familial. Pierre s'est établi comme cultivateur à Lupé. Michel, né en 1720 est mort aux Andrivaux en 1766. Il était meunier, vigneron. Il travaillait peut être chez son cousin Etienne, propriétaire d'un moulin aux Andrivaux. Pour compléter cette saga familiale, un petit fils d'Etienne, Antoine, épousera une petite fille de Michel, Louise, et c'est leur fils Etienne qui héritera du moulin de Limonne (voir début du texte).

    L'acte qui nous interesse est daté du 27 juillet 1748. Les parents des deux protagonistes sont décédés : André en 1744 et Claudine en 1747 .

    Traditionnellement, les parents font un testament désignant le garçon ainé légataire universel : il hérite de la majorité des biens, mais doit remettre une somme d'argent à ses frères et sœurs... Ces dispositions sont à l'origine de bien des procès :l'ainé, s'il prenait rapidement possession de son bien, mettait moins de précipitation à se séparer de la part du reste de la fratrie.

    Un an après le décès de sa mère, 4 ans après celui de son père, Michel réclame sa part d'héritage, plus le remboursement de sommes prêtées à André et à Jean, ainsi que le paiement de journées de travail.

     

    Pierre contre Jean 1/3

     

    DSC 1818 1/2 

    A la requete de Michel Paret

    vigneron du lieu des andrivaux parroisse de Maclas

    fils de defunts andre et de claudine oriol lequel

    a fait election de domicile et constitution de procureur en la

    personne et maison de Mr Jean Jeury notaire royal La

    juridiction ordinaire de Maclas y demeurant , doit assigné

    par devant Messieurs les officiers de ladite juridiction de Maclas

    Jean paret meunier du lieu di de Loye aussi fils et heritier

    du defunt andré aux fins de le voir condamner et puis

    contraindre par les voyes de devoir a payer au requerant en 

    premier lieu la somme de deux cent cinquante livres

     

    DSC1818 2/2

    aussi légué audit Michel paret par la dite Claudine oriol

    leur mere en son dernier testament que ledit Jean paret devait

    pareillement tenir et rapporter, et troisième lieu la

    somme de soixante livres pretée par ledit Michel audit

    defunt son pere quelques temps avant son deces, en quatrième

    lieu vingt quatre livres aussy a luy prete ,

    en cinquieme lieu la somme de quinze livres

    aussi pretee par ledit Michel audit Jean apres le deces

    de leur pere, et finalement la somme de trente trois

    livres pour soixante dix journées que ledit Michel a fait

    pour ledit Jean son frere depuis le huitieme juillet 1745

    jusques au 28 septembre suivant à raison de dix sous par

    jour, Recevante toutes les dites sommes a la totale de

    quatre cent trente deux livres au payement de laquelle

    ledit requerant conclut a payer ledit Jean paret...

     

    Ensuite, suit tout un charabia juridique signé Jeury, procureur de la République, en date du 26 juillet 1748.

    DSC1819

     

    Un paragraphe rajouté ensuite précise que Bovin a remis une copie  de cet acte à Jean Paret , ainsi qu'une assignation à comparaitre dans les 3 jours. Ce § est signé Bovin, sergent ordinaire de la subdivision de Maclas, et de Jeury.

    L'acte du 5 février 1749 est la suite prévisible de cette assignation: Jean n'a pas payé, il a pris un défenseur, Michel et Jeury insistent , et on s'achemine probablement vers un procès. 

    DSC1815

    Que représentait la somme de 432 livres? C'est bien difficile à évaluer en Euros.

    70 jours de travail sont payés (ou devraient l'être...) 700 sols, soit 33 livres. En €, le salaire équivalent pourrait être 4200€. Donc, 432 livres = environ 55000€. On comprend l'insistance de Michel, et les réticences de Jean. Mais des recherches sur Internet, donnent une estimation bien inférieure: 1 livre =12€. 432 livres=un peu plus de 5000€. Il faudrait connaitre le prix de la vie. 

    Revenons à nos deux frères: on ne connait pas la fin de l' histoire... Rien dans les archives, pas de traces de procès, ni de quittances. Jean devait-il vraiment tout cet argent? a t' il payé? 

    Nous n'allons pas quitter Michel, puisqu'il sera le personnage principal du prochain article. 

         

     


  • Commentaires

    1
    Mercredi 19 Novembre 2014 à 11:48

    Nous voila plongés dans la vie de cette famille. Les histoires d'argent sont déjà bien présentes.

    si vous voulez situer les personnes dont on parle dans cet article, cliquez sur le lien ci-dessous et vous visualiserez dans l'arbre généalogique les deux frères avec leurs parents et leur descendance.

    comme ils sont assez nombreux, ça déborde de l'écran, utilisez les curseurs pour vous déplacer.

    http://descendance d'André Paret et Claudine Oriol

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :